jeudi 18 juin 2009

Le désir selon Schopenhauer

Cet effort qui constitue le centre, l'essence de chaque chose, c'est au fond le même, nous l'avons depuis longtemps reconnu, qui, en nous, manifesté avec la dernière clarté, à la lumière de la pleine conscience, prend le nom de volonté. Est-elle arrêtée par quelque obstacle dressé entre elle et son but du moment : voilà la souffrance. Si elle atteint ce but, c'est la satisfaction, le bien-être, le bonheur. Ces termes, nous pouvons les étendre aux êtres du monde sans intelligence ; ces derniers sont plus faibles, mais, quant à l'essentiel, identiques à nous. Or, nous ne pouvons les concevoir que dans un état de perpétuelle douleur, sans bonheur durable. Tout désir naît d'un manque, d'un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu'il n'est pas satisfait. Or, nulle satisfaction n'est de durée ; elle n'est que le point de départ d'un désir nouveau. Nous voyons le désir partout arrêté, partout en lutte, donc toujours à l'état de souffrance ; pas de terme dernier à l'effort ; donc pas de mesure, pas de terme à la souffrance...

lundi 8 juin 2009

Tante Huguette

Ma tante Huguette etait une petite femme sans âge, veuve depuis que j’avais soufflé mes 2 bougies (je viens d’en éteindre plus de tuitans je vous laisse faire le compte... coquetterie féminine). La vie de cette petite vieille avait pris une tournure assez monotone depuis que l’oncle Marcel avait dit son dernier gros mot favori « bordel de merde à nouille », à la clinique des Iris un matin de printemps.

J'étais LA nièce préférée, elle s’était entichée de moi à la première heure de ma vie. Retraitée depuis peu, elle était très disponible, c'est ainsi que mes parent décidèrent de me laisser à ses bons soins le temps qu’ils prennent demeure. Mon père était officier mécanicien de la marine marchande, je le voyais tous les trimestres lors de ses escales au Havre, Brest ou Marseille. Ma mère habitait un peu partout, parfois dans le petit 2 pièces de tante Huguette, parfois chez ses copines. Mariés depuis 1 mois à peine, le jeune couple n’avait pas prévu une fécondation si rapide, les ovules de ma mère m’avaient accueilli en secret... Mais dans la légitimité, ce qui m'a peut-être sauvé la vie...

L’acquisition immobilière fût longue à venir, mais à mes 4 ans j'avais enfin une maison avec MES parents, que je ne connaissais pas très bien... J'attendais chaque mardi soir tante Huguette qui venait me chercher à la sortie de l’école avec le goûter tant attendu, des tartines au Nutella. Nous prenions le RER, changement à l’Etoile et direction Porte Dauphine... c'était la récréation, que dis-je, la fête jusqu'au mercredi soir.

J'ai continué ce rituel jusqu'à très tard (zuitans ou plus) et ne concevais pas mes mercredi autre part que chez tante Huguette. Parfois je sentais dans son regard qu'elle appréhendait le jour où je n'aurais plus envie de venir, et avec mes yeux tous ronds je lui répondais : -"t'inquiète Huguette, ce jour là ...gare aux poules… elles mordront nos fonds de culotte!!!". Il a quand-même bien fallut que ce jour arrive, mais les poules n'ont pas eu de dents que je sache.

Parmis les milliers de souvenirs que j'ai, les plus rigolos sont ceux où nous allions faire le marché le matin. Nous marchions côte à côte au début puis je m'éloignais discrètement car il lui prenait très souvent d’avoir des gazs non maîtrisés. Je me souviens du jour ou elle avait fait la moitié du boulevard Longchamps sans interruption. Marchant derrière elle, honteuse, je regardais du coin de l’œil les gens qui nous croisaient et se retournaient ahuris de voir cette petite vieille rire d’entendre le fracas qu’elle faisait à chaque pas. Elle était en train de se dégonfler et ça n'en finissait pas : plus elle riait, plus elle se dégonflait et plus elle se dégonflait, plus elle riait..

Comment pouvait-elle remplir son corps de petite vieille d’autant d’air… Il me venait en tête le dessin très réaliste d’une chaîne de production de méthane installée dans son colon. Cette petite usine était si productive, que tante Huguette aurait pu faire commerce de son gisement intime et donc de se faire de la « tune grâve » (vocabulaire de ma jeune époque). Mon imagination allait jusqu’à la capture, le stockage et le packaging de ce trésor, je me torturais le cerveau à trouver des slogans publicitaires : « le méthane de tante Huguette ?une énergie renouvelable ?et économique ?elle est chouette tante Huguette !!! » « Le gaz Huguette, une énergie créative vous verrez… »…

Revenant à la réalité, je voyais mal cette petite vieille avec une bouteille de gaz au derrière, je ne lui ai jamais parlé de ces délires mais je pense qu’elle en aurait bien ri.